COMMUNIQUÉ PUBLIC – 9 SEPTEMBRE 2026
𝐑𝐞́𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐂𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐟𝐫𝐨-𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐐𝐮𝐞́𝐛𝐞𝐜
𝐏𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝’𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐢𝐦𝐦𝐢𝐠𝐫𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞𝐬 (𝐫𝐞́𝐠𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐐𝐮𝐞́𝐛𝐞𝐜)
En ce mois de la rentrée scolaire, le Centre afro-communautaire de Québec tient à envoyer une dose d’amour aux enfants et jeunes qui retournent sur les bancs de NOS écoles, particulièrement aux enfants immigrant·e·s ou perçu·e·s comme étant immigrant·e·s de la région de Québec. Vous y avez votre place!
Nous sommes bouleversé·e·s et tristes d’entendre les discours visant à faire des enfants « issu·e·s de l’immigration » des boucs émissaires à une problématique sociale dont la responsabilité est attribuable à un manque de planification et d’investissement dans notre système d’éducation depuis des décennies. Contribuer à construire un discours s’attaquant à des enfants de cette manière est un manque flagrant d’humanité et d’éthique.
En tant qu’organisme composé majoritairement de personnes noires ayant grandi dans la région de Québec ou y étant né·e·s, « issu·e·s de l’immigration » des 20e et 21e siècles, nous refusons ce discours de division qui s’apparente, selon nous, à de la xénophobie et du racisme, particulièrement lorsqu’il est porté par des descendant·e·s de colons « issu·e·s de l’immigration » du 17e siècle.
Puisque les discours publics et médiatiques favorables à l’immigration tendent à se centrer sur l’apport de la population immigrante au marché du travail québécois pour générer une once de sympathie, nous tenons à souligner que lorsque nous étions sur les bancs de nos écoles à Québec, nos parents étaient en train d’occuper les emplois parmi les plus difficiles physiquement et mentalement.
Par exemple, nos parents nourrissaient et nettoyaient vos parents et grands-parents dans des CHSLD, vous transportaient ou vous livraient votre nourriture ou ramassaient les fraises dans les champs à l’île d’Orléans pour vous nourrir. Ils et elles occupaient les fameux emplois essentiels dans lesquels les personnes immigrantes sont surreprésentées à Québec et dont les conditions de travail pénibles et les longues heures de travail impactent maintenant négativement la santé de nos parents et leur capacité à vieillir décemment.
Mais les immigrant·e·s du 20e et 21e siècle ne sont pas juste des outils statistiques visant à répondre aux besoins volatils du marché du travail québécois. Au-delà de notre contribution au marché du travail, nous sommes aussi des personnes avec des familles; des personnes qui immigrent au Québec avec des histoires, des richesses identitaires, intellectuelles, culturelles et créatives qui participent à construire le Québec d’aujourd’hui. Nous sommes aussi des membres de la société québécoise qui vont utiliser les services publics dans les régions dans lesquelles nous sommes établi·e·s. Ne pas planifier les services publics de manière à répondre adéquatement aux besoins d’une part grandissante de la population québécoise est aberrant. Mettre la responsabilité de ce manque de planification sur les enfants dans nos écoles est une forme de violence qui n’a pas sa place au Québec selon nous.
Alors, faisons des choix de société éclairés visant à mieux planifier la répartition de notre budget étatique. Construisons des écoles de manière planifiée pour réellement répondre aux besoins actuels et futurs de la population, améliorons les conditions de travail de notre personnel enseignant pour répondre aux enjeux de recrutement et de rétention des enseignant·e·s, engageons plus de professionnel·le·s en soutien scolaire et facilitons l’accès des familles au matériel scolaire. Avant qu’on commence à dire que le Québec n’a pas les moyens, rappelons qu’au cours de la dernière année, nous avons appris que l’État québécois a perdu 375 millions de dollars investis dans de grosses entreprises privées pour développer des projets qui ont échoué lamentablement (ex. Northvolt et cie).
Nous avons également perdu près de 500 millions de dollars en externalisant la modernisation informatique d’une société d’État à des firmes privées (ex. projet CASA – SAAQCLIC) à cause d’un manque de planification et de suivi rigoureux dans la manière dont l’argent de notre État est utilisé. Imaginons ce qu’il aurait été possible de faire avec 875 millions de dollars de plus investis dans nos écoles…
Bref, inspiré·e·s par l’héritage de la philosophie africaine Ubuntu qui nous enseigne que notre humanité se révèle dans la reconnaissance de l’humanité des autres et dans la manière dont nous les traitons, peu importe nos différences, nous souhaitons participer à bâtir une société québécoise basée sur des valeurs de solidarité, de justice sociale, d’inclusion et d’autodétermination.
Nous rêvons d’une société québécoise dans laquelle on peut travailler à mieux répartir les richesses et à réduire les inégalités sociales, incluant les inégalités vécues par les personnes autochtones, héritées de la violence coloniale et génocidaire liée à la construction du Québec. Ce sont ces valeurs et cette vision de société que nous transmettrons à nos enfants qui constitueront une bonne part de la société québécoise de demain. Nous espérons que d’autres partagent cette vision d’avenir pour le Québec et que nous pourrons travailler ensemble à en faire une réalité plutôt que d’embrasser des discours stigmatisants qui nous divisent.
